Activités « pré » et « para » coloniales
Les recherches effectuées sur l’acropole du site et en bordure de la mer ont livré un matériel extrêmement riche et diversifié qui date, au plus tôt, de la seconde moitié du VIIe siècle, soit la période correspondant à l’arrivée des Grecs sur le site. Il est donc clair que les Grecs se sont installés dans ces deux zones dès l’implantation de la colonie : près de la mer, pour y pratiquer la pêche et procéder au chargement et à la réception des marchandises liées au commerce, et sur l’acropole, lieu de refuge privilégié en cas d’incursions ennemies. Alors que sur l’acropole, le matériel provient de niveaux perturbés, sur le bord de la mer, le mobilier archéologique a été trouvé dans des couches bien stratifiées. Ici, des sondages très profonds (jusqu’à 6,50 mètres) ont livré divers types de céramique qui témoignent de l’intensité des contacts avec les populations locales et de la diversité des échanges avec les principaux centres de production de la Grèce.

Mais dans les niveaux les plus profonds, les fouilleurs n’ont trouvé que de la céramique d’origine thrace ou  provenant de la péninsule de Chalcidique, ce qui tend à montrer que le site d’Argilos était déjà habité par une population locale avant l’arrivée des Grecs. Puisqu’il n’y a, pour le moment, aucune trace d’une destruction violente de cet habitat local, tout porte à croire que Grecs et Thraces ont cohabité sur le site, probablement durant près d’un siècle. Ces découvertes remettent en question plusieurs passages des textes anciens, qui présentent trop souvent les Grecs comme des colonisateurs brutaux, qui n’hésitent pas à déplacer de force les populations locales.

Vue de la fouille sur le bord de la mer

Vue de la fouille sur le bord de la mer

 

Productions céramique du VIIe siècle – Céramique locale et régionale
La céramique des années 650-600 se répartit en quatre groupes distincts dont deux appartiennent à des productions locales ou régionales. Le premier groupe rassemble des vases de type « thraco-macédonien ». Il s’agit pour la plupart de marmites, toutes façonnées à la main et décorées de motifs incisés ou rehaussées d’un décor en forme de cordon pincé, réalisé à l’aide d’un colombin d’argile appliqué près du bord extérieur par pinçage ou par fine pression du doigt. Le caractère essentiellement culinaire de cette céramique et la grande similarité des argiles utilisées laissent croire que certaines des marmites thraces pourraient être de fabrication locale.

Céramique thrace - VIIe siècle av. J.-C.

Céramique thrace – VIIe siècle av. J.-C.

 

Au deuxième groupe sont associés surtout des vases de stockage, amphores de transport et jattes, mais aussi quelques vases à boire. Ces vases sont fabriqués au tour et décorés de motifs géométriques, cercles concentriques, groupes de diagonales ou de zigzags, motifs hachurés, tous peints avec un verni violacé caractéristique et la plupart des éléments décoratifs sont manifestement empruntés à l’art grec des périodes protogéométrique et géométrique. S’il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une céramique régionale, on ne connaît toujours  pas l’emplacement exact des centres de production. La majorité en était sans doute située dans la péninsule de Chalcidique alors que d’autres ateliers étaient peut-être implantés dans le golfe thermaïque. 

Céramique de Chalcidique - VIIe siècle av. J.-C.

Céramique de Chalcidique – VIIe siècle av. J.-C.

 

Productions céramique du VIIe siècle – Céramique grecque
La céramique grecque trouvée dans les niveaux du VIIe siècle peut également être divisée en deux groupes: productions d’ateliers de la Grèce de l’Est et productions cycladiques. Dans les deux cas, il s’agit principalement de vases à boire, coupes, bols et skyphoi. De la Grèce de l’Est proviennent des bols à oiseaux, une production de coupes caractéristique de cette période représentant des oiseaux marins entre des lozanges hachurés et des groupes de filets verticaux. Ces coupes ont été fabriquées dans plusieurs cités de la Grèce de l’Est et ont été largement distribuées tout autour du bassin méditerranéen.

Bols à oiseaux de Grèce de l'Est - VIIe siècle av. J.-C.

Bols à oiseaux de Grèce de l’Est – VIIe siècle av. J.-C.

Les vases cycladiques sont des skyphoi, des tasses et des lékanés. Les skyphoi ont une forme bien particulière : leur vasque est profonde avec un fort renflement au niveau des anses ; au VIIe siècle, la lèvre est petite et   fortement incurvée vers l’extérieur, alors que sur les exemples du VIe siècle, elle est plus verticale et donc plus haute. Les chercheurs croyaient que ces vases cycladiques avaient été fabriqués dans l’île de Siphnos car des exemples   avaient été trouvés dans un dépôt votif de l’île. Mais la très grande quantité mise au jour à Argilos nous permet maintenant de proposer l’île d’Andros comme principal centre de production. En effet, dans toutes les colonies grecques, les premières générations de colons avaient l’habitude de s’appovisionner en céramique auprès de la colonie-mère.

Skyphos cycladique, début du VIe siècle av. J.-C.

Skyphos cycladique, début du VIe siècle av. J.-C.

 

VI-Ve siècles – Urbanisme et économie  
La cité d’Argilos s’est développée rapidement au VIe siècle. Exploitant une région extrêmement riche en matières premières, la cité et ses habitants se sont enrichis et un véritable développement urbain s’est produit. Les habitants d’Argilos ont sans doute profité de l’exploitation des mines d’or du Mont Pangée, de celle des forêts, du trafic d’esclaves et du commerce avec les colonies grecques avoisinantes. La population s’est également accrue, au point que la cité a décidé de fonder deux nouvelles colonies, Tragilos dans l’arrière-pays bisalte et Kerdilion, à la limite est du territoire de la cité. Cette dernière colonie, qui surplombait le Strymon, permettait aux habitants de surveiller les activités commerciales le long du fleuve.

Les fouilles menées sur le flan sud-est de la colline témoignent du développement de l’urbanisme aux VIe et Ve siècles. Ici, on a dégagé une grande rue, large de 5 mètres, qui devait partir du quartier portuaire pour mener à l’acropole. De grands édifices ont été construits de part et d’autre de cette rue, certains servant d’habitation, d’autres voués plutôt à des activités publiques. Les murs extérieurs de ces bâtiments sont construits en pierre, alors que les divisions internes ont une fondation en pierre surhaussée d’une structure en argile. Leur état de conservation est surprenant (certains murs atteignent une hauteur de près de 4 mètres), ce qui nous permet de mieux apprécier les principes de construction et de proposer des restitutions réalistes.

À la toute fin du VIe siècle ou au tout début du siècle suivant, ce quartier fut détruit, de même que les édifices de cette période mis au jour sur l’acropole du site. L’origine de cette destruction demeure inconnue mais il est possible qu’elle soit à mettre en relation avec le passage des armées perses. Quoi qu’il en soit, les édifices ont été immédiatement reconstruits et, dans la plupart des cas, agrandis, ce qui démontre que la cité s’est rapidement remise de ces troubles. L’économie de la cité demeura florissante jusqu’à la fondation d’Amphipolis en 437 av. n.è.

Plan du secteur sud-est

Plan du secteur sud-est

Vue du secteur sud-est

Vue du secteur sud-est

 

La maison A – Architecture domestique à Argilos

fouille5A
L’état de conservation des bâtiments du secteur Sud-Est de la fouille nous permet de mieux apprécier les principes de construction et les transformations que subissent les édifices. La maison A, une des premières à avoir été dégagée, constitue un excellent exemple de l’architecture grecque des VIe et Ve siècles av. n.è. Grâce à une fouille minutieuse, les archéologues ont pu déterminer que cette maison comportait trois phases de construction. En effet, trois sols successifs ont été mis au jour, clairement identifiables sur les coupes stratigraphiques. Ces coupes montrent que lors de la construction de la maison au début de la seconde moitié du VIe siècle av. n.è., celle-ci ne comportait qu’une seule pièce. Ce n’est qu’après la destruction de la fin du VIe ou du début du Ve siècle av. n.è. que la maison A prendra sa forme définitive.

Maison A - 3 phases d'occupation

Maison A – 3 phases d’occupation

Un examen attentif des éléments architecturaux permet de déterminer l’existence ou non d’un étage et de situer l’emplacement des différents éléments de bois. Les ouvertures dans les murs et les plaques de pierre en saillies indiquent l’emplacement des poutres et des solives, alors que les plaques de pierre posées à plat sur le sol indiquent l’emplacement des supports de balcon. Seule la forme du toit demeure hypothétique car les architectes grecs avaient l’habitude d’asseoir celui-ci sur un muret d’argile, aujourd’hui disparu, construit sur la dernière assise des murs extérieurs.

Maison A, phase 1 (550-500 B.C.)

Maison A, phase 1 (550-500 B.C.)

 

Styles céramiques du VIe siècle av. J.-C.
À partir du VIe siècle, les importations de céramique se diversifient, provenant de tous les principaux centres de production de Grèce continentale et d’Asie Mineure. La céramique thrace disparaît après 550 av. J.-C., ce qui pourrait indiquer que les habitants thraces ont adopté le mode de vie grec ou qu’ils sont partis, peut-être à Tragilos, oú une colonie greco-thrace, dont les habitants étaient originaires d’Argilos, est attestée selon les auteurs anciens. La céramique de Chalcidique est toujours présente mais de nouvelles formes et de nouveaux décors   apparaissent, imitant certains styles de la Grèce de l’Est. Les productions cycladiques seront quant à elles présentes jusqu’au dernier quart du Ve siècle.

Entre 600 et 550 av. J.-C., la majorité des vases importés provient de Corinthe. Une grande variété de formes est attestée, incluant des vases à boire, des contenants à parfum, des cruches et des cratères. Les importations attiques apparaissent vers 580 av. J.-C. et deviennent   progressivement plus nombreuses. Les vases les plus anciens sont essentiellement des cratères et des coupes, mais assez rapidement on trouve toutes les formes usuelles de la céramique grecque. La majorité de ces vases est simplement couverte d’un vernis noir mais nombre d’entre eux sont décorés dans les styles de la figure noire et de la figure rouge. Ils constitueront la catégorie majeure d’importations à partir de la seconde moitié du VIe siècle. Quelques vases viennent de la région de Sparte dans le Péloponnèse, d’autres des diverses colonies grecques de la région, surtout de Thasos. La céramique locale a bien entendu augmenté, imitant toutes les formes grecques utilisées dans la vie quotidienne.

Cratère attique à figures noires, 580-560 av. J.-C.

Cratère attique à figures noires, 580-560 av. J.-C.

Oenochoé attique à figures noires, 575-550 av. J.-C.

Oenochoé attique à figures noires, 575-550 av. J.-C.

Plat thasien, 580 - 560 av. J.-C.

Plat thasien, 580 – 560 av. J.-C.

Skyphoi corinthiens

Skyphoi corinthiens

Coupes attiques à figures noires, 530-480 av. J.-C.

Coupes attiques à figures noires, 530-480 av. J.-C.

Coupes thasiennes, 525 - 500 av. J-C.

Coupes thasiennes, 525 – 500 av. J-C.

Hydrie de style régional, 530 - 500 av. J.-C.

Hydrie de style régional, 530 – 500 av. J.-C.

Bol de style régional, 525 - 500 av. J.-C.

Bol de style régional, 525 – 500 av. J.-C.

 

Ve et IVe siècles av. J.-C. – Urbanisme et économie  
La cité d’Argilos connut une période de grande prospérité jusqu’à la fondation d’Amphipolis en 437 av. J.-C. Elle éprouva par la suite un net déclin, qui se traduisit par des bouleversements dans l’architecture et au sein des diverses activités économiques de la cité. Au cours du dernier quart du Vème siècle av. J.-C., elle subit une seconde destruction, sûrement liée à la Guerre du Péloponnèse, durant laquelle Argilos s’allia à Sparte contre Athènes et participa à l’attaque d’Amphipolis. Une fois qu’Amphipolis eut reprit son indépendance à la fin de la guerre, il est possible que ses habitants aient décidé de se venger en attaquant Argilos et en détruisant nombre de ses bâtiments. La plupart seront reconstruits, mais la maçonnerie et la qualité des murs étaient souvent très inférieurs à ceux utilisés auparavant et seulement une partie des bâtiments de la période précédente seront réoccupés. On observe également un déclin dans les importations de céramique : Athènes devint alors l’unique cité méridionale représentée. Il est probable que de nombreux habitants aient décidé de partir pour Amphipolis qui était déjà devenue une des plus grandes colonies grecques de la région. Quoi qu’il en soit, il est clair qu’Amphipolis avait le contrôle de l’économie régionale, forçant Argilos à se   tourner vers des activités plus traditionnelles, comme l’agriculture et la pêche, pour soutenir son économie.

Skyphos attique à vernis noir

Skyphos attique à vernis noir

 

L’existence de la cité toucha à sa fin sous le règne de Philippe II de Macédoine. En 357 av. J.-C., il conquit toute la région, détruisant pour la   dernière fois les bâtiments d’Argilos et forçant les habitants à partir pour Amphipolis, qui devint la cité principale de l’empire macédonien dans la région.

Localisation de la maison A

Localisation de la maison A

 

Bâtiment E – Un exemple d’architecture publique

Localisation de la maison E

Localisation de la maison E

 

Au bord de la rue principale menant à l’acropole, les fouilles ont mis au jour un très grand bâtiment, mesurant près de 10 mètres carrés. Il consiste en un large espace rectangulaire sur le devant, donnant accès à deux grandes pièces à l’arrière. Ce type de division est typique des maisons grecques de la période archaïque. Néanmoins, comparé aux autres édifices du site, le bâtiment E est très bien construit, les architectes ayant notamment utilisé des moellons finement taillés dans la construction des murs. La pièce principale contient un grand foyer rectangulaire en pierre sur lequel était posé un support de cuisson en argile. Dans l’un des angles une baignoire complète a également été dégagée.

Vue de la pièce E2 avec la baignoire (en haut, à gauche) et le foyer (au centre)

Vue de la pièce E2 avec la baignoire (en haut, à gauche) et le foyer (au centre)

 

Un skyphos attique à figures rouges et un collier de perles ont été découverts sur le sol, ainsi que trois hydries, un type de vase utilisé pour transporter l’eau. Une ouverture percée à la base du mur Ouest semble avoir servie à amener de l’eau. De plus, les archéologues ont trouvé une offrande de six pièces de monnaie placées dans la fondation d’un mur. Enfin, sur la rue devant le bâtiment, deux antéfixes en argile à têtes de bélier, dont l’une était toujours attachée à une tuile, ont été mises au jour. Ces antéfixes étaient placées à l’extrémité du toit, peut-être de part et d’autre de la porte.

Vue générale du bâtiment E

Vue générale du bâtiment E

L’excellente qualité des matériaux employés dans la construction et la nature particulière des découvertes indiquent qu’il ne peut s’agir d’une simple maison mais plutôt d’un bâtiment public.

Skyphos attique à figures rouges

Skyphos attique à figures rouges

Antéfixe à tête de bélier

Antéfixe à tête de bélier

 

Ve – IVe siècles av. J.-C. – Céramique, figurines et petits objets
La qualité de la céramique des Ve et IVe siècles n’égale pas celle des périodes précédentes. On trouve encore quelques beaux vases attiques à figures rouges, mais les importations de longue distance se font plus rares. Ce déclin peut aussi être observé en ce qui concerne la qualité des vases régionaux, surtout ceux provenant de Chalcidique et de Thasos. La production locale continue, mais elle est principalement restreinte aux vases culinaires.

Coupe attique à figures rouges du peintre du Pithos

Coupe attique à figures rouges du peintre du Pithos

 

Outre la céramique, les fouilles ont révélé nombre d’autres objets de la vie quotidienne. Plusieurs figurines, la plupart datant des Ve et IVe siècles et fabriquées localement, nous fournissent des informations sur les pratiques religieuses des habitants d’Argilos.

Têtes de figurines

Têtes de figurines

 

Divers types de pesons ont aussi été trouvés. Certains, de forme triangulaire ou circulaire, étaient utilisés pour le tissage de la laine ; d’autres, plus ou moins en forme de poire, servaient probablement de ballaste pour les filets de pêche.

Pesons

Pesons

Les fouilles ont également mis au jour un grand nombre d’objets métalliques, comprenant des harpons de pêche, des clous, des fibules et des pointes de flèches.

Skyphos à vernis noir

Skyphos à vernis noir

 

Malheureusement, seulement une inscription sur pierre, datant de la période hellénistique, a été trouvée. Mais de nombreux graffiti, incisés dans l’argile des vases, ont été découverts.

Graffiti

Graffiti

 

L’occupation hellénistique de l’acropole et la fin de la cité

Plan du secteur de l'acropole

Plan du secteur de l’acropole

L’armée de Philippe II détruisit Argilos en 357 av. J.-C. et légua ses terres au roi de Macédoine. Les bâtiments furent détruits, conformément à ce que tend à démontrer le niveau de destruction retrouvé sur toutes les aires de fouilles. La ville fut abandonnée par la suite, à l’exception d’un espace limité sur l’acropole. Les nouveaux bâtiments réutilisèrent des murs plus anciens comme fondations et les habitations suivirent l’orientation de l’ancienne cité.

L’une des constructions les plus imposantes de cette période est   un bâtiment rectangulaire mesurant 10 x 6 mètres avec une entrée sur le côté   est. Les murs intérieurs, dans la partie sud, divisent le bâtiment en trois pièces. La pièce la plus près de l’entrée contient deux foyers circulaires. Ces foyers ont été trouvés rempli de cendres et le sol autour contenait de nombreux vases brisés. L’espace où a été érigé le bâtiment, sa taille et les éléments de son architecture semblent montrer qu’il s’agit d’un bâtiment public ou religieux.

Vue aérienne de la fouille de l'acropole

Vue aérienne de la fouille de l’acropole

 

Dans la même aire, les fouilleurs ont mis au jour des petites maisons avec des cours extérieures et un puits central. Argilos tomba lentement   dans l’oubli et, à la fin du IIIe siècle av. J.-C., le site fut définitivement abandonné et jamais réoccupé, pas même aux périodes romaines ou byzantines.

 

L’huilerie de l’Acropole

Plan détaillé de la maison hellénistique

Plan détaillé de la maison hellénistique

Après avoir conquis la région autour d’Argilos, le roi macédonien Philippe II   divisa le territoire entre ses « hetairoi » (compagnons), constitués de familles influentes et de généraux de l’armée. Un de ces derniers reçut une partie des terres d’Argilos et construisit une résidence au sommet de l’acropole.

Il s’agit d’un bâtiment de 14 x 14 mètres avec des murs extérieurs très épais, solidement assemblés, et une porte étroite, donnant l’impression   d’une petite forteresse. Il était construit sur deux étages : l’étage supérieur servait de résidence familiale alors que le rez-de-chaussée était entièrement voué à la fabrication d’huile d’olive.

Le plan du bâtiment est typique des maisons grecques hellénistiques. Il consiste en une cour centrale qui permet à la lumière de pénétrer dans les pièces situées sur les côtés est et ouest. Un escalier de pierre, entièrement préservé, menait à l’étage supérieur. La plupart des pièces du rez-de-chaussée servaient à des fins de stockage.

Escalier menant à l'étage

Escalier menant à l’étage

 

Dans la partie est de la pièce centrale, les fouilles ont mis au jour un grand mortier hémisphérique (« trapetum ») utilisé pour le broyage des olives, toujours placé dans sa position originale. Deux pierres semi-circulaires servant de meules et appartenant au dispositif ont été trouvées dans la pièce centrale. Pour écraser les olives, il suffisait de les placer dans le mortier et de faire tourner les pierres semi-circulaires, qui étaient fixées au mortier par des pièces de bois. La pâte ainsi produite était ensuite déposée sur une pierre plate circulaire comportant un déversoir et creusée d’un large sillon sur le pourtour.

Vue du "trapetum" et structure de chauffage de l'eau

Vue du « trapetum » et structure de chauffage de l’eau

 

La pâte était alors pressée pour en extraire l’huile. Afin d’extraire la plus grande quantité d’huile possible, on ajoutait de l’eau chaude sur la pâte. L’eau était mise en réserve dans une petite citerne construite dans la cour et était chauffée dans la pièce située à gauche de l’entrée principale. Dans la cour, les fouilleurs ont également trouvé un grand pithos, que les propriétaires des lieux avaient couché sur le flanc et coupé en deux. Ce large réceptacle servait à stocker les olives.

Vue du pithos servant de contenant pour les olives et   deux pierres semi-circulaires pour la presse des olives

Vue du pithos servant de contenant pour les olives et deux pierres semi-circulaires pour la presse des olives

 

La nécropole d’Argilos
La nécropole d’Argilos est située à l’est de la ville. Il y a plusieurs types de tombes. La plupart sont des tombes à ciste qui sont en fait des tranchées dont les parois ont été recouvertes de plaques de marbre et dont les ouvertures étaient closes par des tuiles en terre cuite. Mais des sarcophages en argile, voire de simples trous ou des crémations, étaient aussi présents. Les offrandes reflètent les besoins des habitants : dans les tombes, les vases déposés provenaient d’endroits aussi éloignés que la Grèce de l’est, Corinthe, Athènes, et naturellement, Thasos, illustrant ainsi l’intensité des relations avec le reste du monde grec.

Cratère attique à figures rouges (500 - 450 av.   J.-C.)

Cratère attique à figures rouges (500 – 450 av. J.-C.)

 

La nécropole d’Argilos contient également deux tombes macédoniennes, aujourd’hui visibles le long de la route nationale reliant Thessalonique à Kavala. Elles étaient construites en creusant dans la terre meuble des pentes des petites collines. Dans la tombe A, seules une partie du corridor (dromos) et l’entrée de la chambre ont été préservées. La tombe B est dans un bien meilleur état de   conservation. Le dromos qui mène à l’entrée est d’une largeur de 5 mètres et l’entrée elle-même est construite avec deux poutres de marbre et le linteau possède cinq denticules. L’antichambre et la chambre sont également bien conservées. Une porte de marbre sépare l’antichambre de la chambre, mais ni kliné, ni thronos n’ont été retrouvés. Les corps étaient placés dans trois tombes à fosse creusées sous le plancher de la chambre. Des pièces de monnaie de   Cassandre (358-297 av. J.-C.) et d’Antigone Gonatas (277-239 av. J.-C.) datent la tombe B du IIIe siècle av. J.-C.

Protomé archaïque provenant de la nécropole

Protomé archaïque provenant de la nécropole

Tombe A - Dromos et entrée de la chambre

Tombe A – Dromos et entrée de la chambre

Tombe B - Dromos et entrée de la chambre

Tombe B – Dromos et entrée de la chambre

Tombe B - Antichambre et chambre

Tombe B – Antichambre et chambre

Tombe B - linteau à 5 denticules

Tombe B – linteau à 5 denticules

 

Argilos – Numismatique
Argilos frappa sa première monnaie durant le dernier quart du VIe siècle av. J.-C. Cette date est importante car la fabrication de la monnaie implique qu’à cette époque, Argilos était une ville indépendante politiquement et économiquement. Jusqu’au milieu du Ve siècle av. J.-C., les Argiliens frappaient des tétradrachmes en argent et des pièces de plus petite valeur, toutes portant l’abréviation du nom de la cité ARKILION. Pégase est représenté sur l’avers des pièces, pas particulièrement clairs sur les pièces de monnaies les plus anciennes mais bien dessiné sur les plus récentes, et un Quadratum Incusum est figuré sur le revers.

On a surtout trouvé des pièces de monnaie de plus petite valeur, sans doute destinées à un usage local. Les pièces de plus grande valeur, notamment les tétradrachmes, se dispersaient vers de nombreuses zones de la Méditerranée, l’Égypte, l’Asie Mineure et le Moyen Orient. Curieusement, la ville arrêta de frapper monnaie durant près d’un siècle, puis reprit sa production, surtout pour des monnaies en bronze. Une tête d’Apollon est représentée sur l’avers de ces pièces (probablement une des divinités vénérées dans la cité) et un arc sur le revers. Aussi, toutes les pièces de monnaie possèdent la légende APKI.

Les fouilles de la   cité ont mis au jour des monnaies provenant de plusieurs villes de la région dont Litis, Akanthos, Amphipolis,Tragilos et Neapolis, ainsi que des cités de la péninsule de Chalcidique. D’autres montrent des rois macédoniens : Aeropos, Amyntas III, Pausanias, Philippe II, Alexandre III, Alexandre le Grand, Demetrios Poliorketes, Antigonos Gonatas et Philippe V. Des pièces de plusieurs villes de Grèce centrale sont également parvenues jusqu’à Argilos.

Argilos (hémiobole, 470-460 av. J.-C.); Avers. : partie antérieure de Pegases à gauche.  Bord avec points; Revers.: Quadratum Incusum

Argilos (hémiobole, 470-460 av. J.-C.); Avers. : partie antérieure de Pegases à gauche.
Bord avec points; Revers.: Quadratum Incusum

Akanthos (tétradrachme, 500-478 av. J.-C.); Avers.: lion attaquant le flanc d'un bufle  Revers.: Quadratum Incusum

Akanthos (tétradrachme, 500-478 av. J.-C.); Avers.: lion attaquant le flanc d’un bufle
Revers.: Quadratum Incusum

Akanthos (tétrabole, C. 478-465 av. J.-C.); Avers.: partie antérieure d'un lion à droite;  Revers.: Quadratum Incusum

Akanthos (tétrabole, C. 478-465 av. J.-C.); Avers.: partie antérieure d’un lion à droite;
Revers.: Quadratum Incusum

 

Argilos – Épigraphie
Très peu d’inscriptions ont été retrouvées à Argilos et elles consistent essentiellement en des graffiti inscrits sur des vases ou des tessons, des   amphores, des tuiles et des pièces de monnaie.

L’identification du site d’Argilos a été confirmée par un graffito effectué sur un grand plat avant cuisson. Comme c’est malheureusement souvent le cas, le texte était fragmentaire. On y lis ]ΕΝ ΑΡΚΙΛΙΟ[ que l'on peut restituer comme suit : ANEΘEK]EN APKIΛIO[Σ, ce qui signifie que le vase avait été dédié par un habitant d'Argilos.

Plat inscrit

Plat inscrit

 

Les graffiti trouvés sur les tuiles sont des indications que les bâtiments étaient d’usage public. Quant aux légendes sur les pièces de monnaie, elles indiquent presque systématiquement le nom des villes où elles ont été produites. Dans le cas d’Argilos, le nom était écrit avec un « K » (ΑΡΚΙΛΙΟΣ) durant   l’Antiquité.

L’unique inscription qui a été trouvée à Argilos a été réalisée sur une plaque de marbre, en l’honneur de ΔΙΟΣ KATAIΒATOΥ. Il est le Zeus qui règne sur le sommet des montagnes, responsable de phénomènes naturels tels que les éclairs et le tonnerre. L’inscription était gravée sur une   stèle qui a été découverte le long du mur est de la maison hellénistique. La stèle était placée dans un linteau d’une fenêtre ce qui signifie qu’une partie du bâtiment avait été détruite auparavant, peut-être par la foudre.

Inscription sur stèle en marbre

Inscription sur stèle en marbre